La création et son mécanisme ou Shiva-Shakti

selon la tradition du Tantrisme
exposé de Christian Tikhomiroff

On parlait dans les Darshanas du Samkhya – qui est l’énumération – qui essaie de comprendre l’univers par l’extérieur, donc d’analyser, d’énumérer toutes les composantes, tout le déploiement de l’univers, du cosmos et également de l’individu.

Le Yoga le fait par l’intérieur.

Le Samkhya (un des 6 Darshanas de l’Inde) essaie d’énumérer, de saisir, de comprendre la structure extérieure, même si certains moyens d’investigation restent des états méditatifs, des états de transe etc. Donc aussi des moyens intérieurs, mais cela reste une explication du processus extérieur de la création universelle, cet univers, dans lequel moi – individu microcosmique – je suis, d’où je viens et dans lequel je vis.

On dit qu’au départ la conscience et l’énergie sont en union parfaite, sans mouvement, sans bouger et que l’univers n’existe pas ou qu’il est latent, qu’il est rétracté. Rien ne se passe. L’énergie ne bouge pas, donc rien ne se crée. La conscience ne bouge pas (par définition), donc l’énergie n’a rien actualisé.

Au moment donné – une tension se crée dans l’énergie et le couple cosmique, la conscience et l’énergie s’éveillent. A ce moment-là c’est une formidable explosion – le Big Bang des astrophysiciens. Et le Grand Svara (souffle cosmique) va projeter l’univers et la Shakti (énergie) va s’éveiller, se mettre à danser. Cette danse de l’énergie, cette création du monde – c’est l’énergie qui petit à petit va actualiser, va se mettre à jouer le scénario de la conscience.

Imaginez une scène, une personne joue, danse – actualise la pensée de l’auteur, du metteur en scène. La Shakti c’est cela. Elle est indissociable de la conscience. Elle danse, elle danse, et tout ce qui est dans la conscience, elle le crée. Jusqu’à la fin du monde elle créera tout ce qui est (sous forme latente) dans la conscience.

Ce qui est intéressant c’est qu’elle peut créer le meilleur comme le pire de notre point de vue humain, de notre point de vue de morale. Elle s’en fout du meilleur et du pire, de la morale, du bien et du mal. Elle crée, elle crée … et tout ce qui existe et est imaginable. Et tout ce qui existe et est imaginable vient de la conscience. Un jour ou l’autre la Shakti (énergie) est capable de l’actualiser.

Retenez bien, tout ce qu’un être humain est capable de penser, existe forcément quelque part en potientialité, c-à-d. la pensée humaine n’est pas capable d’imaginer quelque chose qui n’existe pas, qui ne peut exister qui n’existera pas. (car non existant en latence).

Tout ce que l’être humain imagine dans sa pensée, dans sa conscience, est susceptible d’exister, d’arriver. En tout les cas, tout ce qu’il imagine fait partie du substrat universel. Il n’invente rien, notre pensée, notre conscience ne peut pas inventer quelque chose qui n’existe pas (potentielle-ment). Notre pensée, notre conscience va le piocher dans le réservoir cosmique. On ne fait que re-découvrir ce qui est dans le réservoir cosmique.

C’est intéressant par rapport à nous, car le processus est exactement le même, puisque nous subissons, nous vivons le même processus que l’univers. Cela veut dire qu’en nous les énergies dansent et actualisent toutes nos potentialités ou une partie de notre potentialité. En nous tout est possible, le meilleur et le pire. Notre énergie s’en fiche impérativement du bien et du mal et de la morale.

C’est notre prise de conscience qui fait la différence et qui va diriger notre vie. En effet, quand on est dans une démarche spirituelle, on va développer des qualités qui correspondent, des qualités de morale, des qualités de bien, d’amour, de compassion et de partage.

On ne le fait pas par rapport à une éthique particulière. Dans le Yoga, dans le Tantrisme on le fait par rapport à une efficacité particulière. Les Yogis se sont rendus compte qu’il était beaucoup plus rentable d’éveiller de belles énergies, de belles pensées, de beaux sentiments plutôt que des sentiments de conflit, de destruction, de haine et de guerre.

Ils se sont rendu compte que l’individu arrivait à développer un lui le meilleur, à trouver le 100% de ce qu’il est, à devenir quasiment égal à un dieu en éveillant ses plus belles qualités et ne pas en éveillant des qualités guerrières. Développer des qualités de lutte, de conflit limite l’individu. Même s’il a l’apparence de dominer le monde, d’une force, d’une puissance, il ne se domine pas, il ne se connaît pas. Il passe à côté de 80% de ses possibilités, de ses pouvoirs.

Les Yogis – comme toutes les voies spirituelles – disent que grâce à l’éveil de ses belles qualités, les plus fines, les plus légères, les moins conflictuelles, les plus apaisées, les plus fortes, les plus vibrantes que l’individu va arriver à tout développer en lui.

Donc, si en raisonnant volontairement froidement, pou provoquer, on peut dire que les Yogis ne font pas le bien par compassion, mais par efficacité. Évidemment, ensuite, pendant ou avant cette compassion est présente. Mais sachez quand-même (important !) c’est par ce que l’on va éveiller de très belles qualités en nous que l’on va pouvoir réaliser 100% de ce que l’on est, alors que si l’on rentre dans le conflit en nous, on va se limiter complètement.

Les Yogis l’on découvert depuis longtemps. Cela fait partie du processus, du mécanisme de notre propre création individuelle, notre propre monde individuel.

Manipura Chakra

par Silvia Schmitt
selon les enseignements des Natha

Le travail sur Manipura Chakra permet toutes formes d’alchimie personnelle par le pouvoir du feu.

Les pratiques de Yoga pranayamas, postures, concentrations sur ce centre permettent d’attiser ce feu du ventre et de le purifier, d’utiliser sa puissance, de libérer ses qualités latentes.

Selon la tradition du yoga, Manipura chakra se situe dans la colonne vertébrale à la hauteur du nombril. C’est un lotus à 10 pétales de couleur orageuse, une des tendances du chakra : les énergies de violence. A l’intérieur le triangle rouge, pointe vers le bas, nous indiquant qu’il s’agit d’un chakra plein d’énergie, siège du feu qui lui est rajas (mouvement, rapidité) . A l’intérieur le dieu Ram (Agni), le feu, monté sur un bélier ! La planète mars y est associée, Mars étant le dieu de la guerre.

Il s’agit d’un chakra solaire.

Tout nous indique que cela peut  »chauffer » très vite, une ambiance explosive, violente: les nuages orageux, le feu, le bélier, mars … mais cela nous indique aussi une puissance extraordinaire qu’il s’agit d’exploiter sans tomber dans le piège du reste! L’énergie se révélant est bien celle qui est nourri.

Manipura est un des points de feu des plus importants : il est nourri par le feu de la base (Muladhara Chakra). La tradition dit que c’est dans ce chakra (le soleil) que le nectar lunaire (la lune) sécrétée dans les régions du cerveau, est brûlé inutilement, empêchant ainsi le développement des pouvoirs (siddhis).

Nous trouvons dans Manipura Chakra également le siège du vayu (aussi appelé vent ou prana) SAMANA. Sama veut dire égale. C’est donc l’endroit où prana et apana peuvent s’unir après avoir inversé leur courant suite aux pratiques adéquates du yoga. On aura alors déjà fait un bon bout de chemin. Samana pourra se lever, ce qui est un préalable à la montée de l’énergie de la base.

Le Dieu médecin, Rudra, un aspect de Shiva a son siège dans Manipura Chakra. Il accorde ou il écarte la maladie, donne des pouvoirs et écarte la peur. Sa parèdre est Bhadrakâli.

La seconde Shakti (énergie féminine) du centre est Lâkîni qui est la bienfaitrice universelle.

Le bija mantra du chakra est Ram, le son qui éveillera le feu de ce chakra.

Son organe d’action est l’anus (Mula Bandha et Aswini Mudra) – donc encore cette liaison à la base.

Organe de sens : les yeux / la vue. Tout travail sur les yeux aura une répercussion sur ce chakra.

Manipura Chakra régit tout ce qui est assimilation/digestion. Nous connaissons le mieux le bol alimentaire, mais cette région concerne autant le plan mental – la transformation de la qualité des pensées/émotions – et énergétique..

C’est le dernier des trois chakras inférieurs qui sont en général soumis aux instincts, aux énergies brutes.

Cependant la traduction de Manipura est « cité des joyaux », ce qui est prometteur et encourage à purifier cette région. D’autres indices comme Rudra ou la bienfaitrice universelle nous y incitent. Une bonne santé, des pensées élevées, la connaissance (en relation avec la maîtrise du verbe) et la lumière associée au feu sont des qualités appréciables.

Le plexus solaire (creux de l’estomac), qui en dépend, est également très important. C’est un lieux, où les énergies souvent bloquent. Il contrôle le système nerveux sympathique et para sympathique.

Glande: Ilots de Langerhans et pancréas..

Fonction: est le centre de l’assimilation physique, mentale et subtil.

Fonctions dans le corps physique: Règle la digestion. Il est le centre de l’énergie active de la vie. Il gouverne la vue et l’anus. Contrôle le foie et l’estomac. La concentration sur ce centre permet le contrôle de la vie végétative du corps. Sur le plan physiologique c’est de ce centre que dépendent les sensations de douleur ou de plaisir physique, de chaud et de froid. Notre santé physique en dépend.

Instincts: Violence.

Psyché: C’est le centre des émotions et des sentiments grégaires ou sociaux, de la multitude des instincts qui régissent notre vie en groupes.

Activités subtiles: Manipura gouverne la sphère de manas, donc de l’intelligence humaine: la pensée discursive. Dans la sphère pranique il gouverne le lumineux.

Qualités – défauts: Les dix sont: honte, inconstance, jalousie, concupiscence, paresse, tristesse, sottise, ignorance, aversion/dégoût, peur.

Pouvoirs: La maîtrise de la parole avec les connaissance y afférentes. La capacité de retirer (des sorts) et de protéger. Transmission de pensées et influences sur le plan subtil. Pouvoir de guérir. Le secret de changer la tristesse en joie. La maîtrise des appétits physiologiques (faim, soif, sommeil). Capacité de se nourrir par le contenu subtil (prâna) des aliments. Permet toutes formes d’alchimie personnelle par le pouvoir du feu.

Le Natha Yoga

Christian Tikhomiroff

Le Natha Yoga s’occupe du corps et de l’esprit et de tout ce qui fait le trait-d’union entre les deux:

le souffle et l’énergie. On va donc trouver des techniques pour ces 4 composantes:

corps, souffle, énergie, esprit.

Le Natha Yoga part du principe, qu’il ne peut y avoir d’harmonie, si l’une de ces composantes dysfonctionne.

On va donc trouver au premier niveau du Natha Yoga 7 types de techniques:

1. Les postures:

Des postures d’intensité, d’immobilité, d’endurance, des postures que l’on garde peu de temps, d’autres plus longtemps.
Ces postures agissent sur le corps, sur la concentration, l’énergie, sur la gestion de la respiration et de la pensée. La particularité du Natha Yoga est de proposer en même temps un entrainement conjoint du corps, de la respiration, de l’énergie et de la pensée.

On trouve dans la série des postures de longues pratiques d’immobilité comme des enchaînements très rapides, ex. Surya Namaskar, les salutations au soleil.
Le Natha Yoga embrasse toutes les possibilités du corps de la posture d’immobilité à un enchaînement très dynamique.

2. Les Mudras, les Bandhas, les Dristis

Mudras : gestes particuliers
Bandhas : des contractions de certaines parties du corps
Dristis : fixations oculaires

L’ensemble concerne certains points sensibles du corps et de l’énergie: orteils, mains, yeux, langue etc.

3. Le Pranayama
C’est la gestion de la respiration et sa relation à l’énergie

4. Mantra et Yantra

Mantra son
Yantra figure géométrique

Ils servent de support pour l’unification de l’énergie et de la pensée.
Le mantra est un son, le yantra une figure géométrique dont fait partie par exemple la structure énergétique: les chakra et les nadi

5. La Concentration
C’est l’entraînement en relation avec le contrôle des pensées sous toutes leurs formes ainsi que de l’agitation liée au monde extérieur.

6. La méditation
C’est la recherche d’un état libre de tourment et d’implication dans la dualité et l’agitation du monde extérieur.

7. Le Yoga Nidra
L’entraînement visant à installer un état de conscience intermittent dans le sommeil et dans les rêves.

Les 7 niveaux sont des techniques qui font partie d’une seule et même chose, le Natha Yoga. Cette liste n’est pas limitative, elle n’est que la base de ce que c’est, ce Natha Yoga.

Nous pourrions également parler du niveau thérapeutique du Natha Yoga qui a pour objet constant l’acquisition et le maintient d’une bonne santé.

L’originalité de ce Yoga tient à ce que l’ensemble de ces techniques est abordé conjointement, de façon égale. On fait autant de postures que de méditations, que de respirations que de relaxations.
Il n’y a pas de hiérarchie. Chacune de ces 7 parties étant inextricablement liée entre elles.

Les objectifs du Natha Yoga avec ces 7 techniques sont simples:

  1. installer une bonne santé et longévité
  2. harmoniser et stimuler les énergies
  3. maîtriser les pensées pour mieux se connaître

Ces objectifs peuvent un jour déboucher sur une véritable recherche spirituelle personnelle. A ce moment-là, la finalité deviendra tout autre, mais il est difficile d’en parler ici.

Une autre originalité de ce Yoga est la multiplicité des techniques qui doit permettre à chacun de trouver ce qui est savoureux et efficace pour lui-même.

Faire du Natha Yoga revient donc à faire des postures avec des respirations spécifiques, des visualisations dans la structure énergétique, des mantras. Mais c’est aussi faire des respirations à part, des concentrations, de la méditation ainsi qu’un travail sur le sommeil et le rêve.

Chacun a son niveau y arrive facilement. Chacun, à son niveau, trouve de multiples bénéfices tant que pour le corps que la détente, la respiration, l’énergie, pour la concentration que la maîtrise des pensées, la connaissance de soi.

Dans un monde de plus en plus matériel, nous pouvons réaliser qu’il y a en nous-mêmes une autre réalité, celle de l’esprit – et que ces 2 réalités, matière et esprit, ne sont pas antagonistes, mais complémentaires, gage d’harmonie et de liberté, si on sait les équilibrer l’une par rapport à l’autre. Le bonheur, une saveur éphémère qui remplit l’instant présent qui est finalement notre seul espace d’éternité.

La préparation du corps, du souffle et de l’énergie tien évidemment une place centrale dans ce Yoga. On doit assouplir, fortifier, tonifier le corps, mais on doit également apprendre à s’asseoir, à connaître certains gestes au niveau des mains qui permettent une meilleure circulation de l’énergie et un meilleur apaisement de la pensée.

Le Natha Yoga est une des formes les plus anciennes du Yoga qui existent. Il remonte à des millénaires avant J.C. Il s’adresse à ce qu’il y a d’immuable dans l’être humain, indépendant des époques et des modes, à savoir l’unité et la harmonie entre le corps, la respiration, l’énergie et la pensée.

Il y a un fond solide, stable qui traverse les siècles et les millénaires, tout en adaptant sa forme aux époques, aux mutations sociales et technologiques dans lesquels sont pris les humains.
C’est ce qui lui donne sa force, son efficacité et son actualité !