Le mental dans la tradition du Yoga

auteur: Silvia Schmitt

Ajna Chakra, le centre d’énergie du front
On l’appelle aussi le centre du mental

Définition du Yoga selon Patanjali : « Chitta vritti nirodhah » Yoga c’est le               refreinement du mental.

Chitta – la structure mentale inconsciente, le mental subconscient, lieu de stockage pour la mémoire.

La création de Buddhi et de Manas

Buddhi a un rôle clé : Il fait la jonction entre le plan de conscience humain et le plan divin.
Selon le Samkhya c’est le premier principe qui est issu de Prakriti (Shakti) avec une prédominance de Sattva. C’est le mirroir de la pure conscience (Purusha ou Shiva). De Buddhi est issu Ahamkara (traduction : c’est moi qui fait / égo) qui lui a produit manas.

Les trois ensemble, Buddhi, Ahamkara et Manas, on les appelle l’organe interne: Antahkarana.

Définitions :
Manas, le mental inférieur : fait croire que les choses sont à l’extérieur de nous, crée la séparation, perception erronnée, fausse affirmation qui crée les ennuis dans notre vie.

  • C’est l’instrument de l’égo. Manas est lié aux sens de perceptions (vue, ouille, etc.)Pense d’une manière intéterminée, juge, condamne
  • Buddhi  veut dire la faculté d’éveil. – mental supérieurBuddhi (ou Mahat, le grand), le mental supérieur est proche de l’Atman, le Soi : intuition, connaissance directe, discernement, décision.
    Buddhi est associé à l’Atman, au Soi, à notre véritable nature qui est lumière Pense d’une manière déterminée, perçoit les choses globalement.

Manas, le mental inférieur a un potentiel, un capital. Ce capital n’est pas le même pour tout le monde. Il s’agit de l’user par les pratiques de Yoga : rétentions poumons pleins, se forcer de rester en posture, de faire des pratiques sur une certaine durée, de garder l’immobilité. Cela permet de basculer de temps en temps de l’autre côté, vers Buddhi – et peut-être, un jour, de s’installer en permanence dans la conscience divine.

On peut  fixer le mental par des pratiques de concentration (sur un point externe ou interne, sur une flamme, un yantra, un chakra etc.)

On peut apaiser le mental en l’utilisant pour les mantra, qui en même temps nous permettent d’accéder à des niveaux supérieurs.

Pour apaiser le mental, il faut rentrer en soi (retrait des sens)

Le souffle et le mental sont liés. Si le mental s’apaise, on a une chance de pouvoir goutter au non-souffle.

La vrai méditation c’est l’absence du mental ordinaire. Un moine tibétain a défini la médiation comme suit :
Prolongez l’espace entre deux pensées, vous trouverez la méditation.

Pendant la méditation on accède à Buddhi.

Absence de pensée → la conscience pure est reflétée

Il y a une image classique, le lac sans aucune vague, comme un mirroir, qui reflète la conscience pure.
Si les vagues (manas, pensées) viennent troubler la surface, le reflet est toujours là, mais il y a déformation.

 

Purusha – Prakriti – les Gunas

Nous avons vu que les 2 Darshanas de l’Inde, le Samkhya et le Yoga vont de paire.

Le Samkhya, l’énumération l’approche par l’extérieur de la compréhension du fonctionnement de l’univers (macrocosme)
Le Yoga l’approche par l’intérieur (microcosme) de la compréhension du fonctionnement de l’univers

Dans le Tantrisme le phénomène de l’analogie est incontournable. Ce qui est dedans, est dehors, ce qui est en bas, est en haut. Ce qui est dans le marcro-cosme, est dans le micro-cosme. Donc on arrivera à la même chose. Les deux sont complémentaires.

Selon le Samkhya – à la base – il y a deux composantes séparés qui sont la base de la possibilité de création, donc il y a déjà 2 polarités

Du fait de cette tension entre le + et le – le mouvement, la création devient possible.:

Purusha – la conscience + Prakriti – la nature –
Ce qui donne la vie tout ce qui est créé (du subtil au grossier!)
de charge positive de charge négative
l’immobilité le mouvement
solaire lunaire
masculin féminin
jour nuit
chaud froid
lumière son

Purusha et Prakriti sont indissociables, l’un sans l’autre ne peut rien. La Prakriti réalise ce que le Purusha a conçu. (Le programme sur l’ordi ne sert à rien, s’ il n’y a pas de courant électrique et quelqu’un qui actualise le programme).

Le Purusha – on pourrait le comparer à une banque de donné. Tout est en lui sous forme latente, et ces latences sont activées par la Prakriti, ce que l’on appelle la nature, tout ce qui est crée, même invisible.

La Prakriti, la nature, c’est l’ensemble de la création (subtil ou tangible) – l’univers. Elle fait partie de Maya, l’illusion, car ultimement elle n’existe pas d’ordre permanent. Elle est en perpetuel changement.

La nature a des qualités que l’on appelle les Gunas.

Elles sont triples et en rapport avec les Bhutas, les éléments: Rajasiques (air et éther), sattviques (feu) et tamasiques (eau et terre).

Rajas (mouvement) crée, agit
Sattva (lumière) maintient, cherche l’équilibre,
Tamas (la lourdeur, la densité) absorbe, tire vers le bas, va vers la mort

Ainsi tout ce qui est crée, visible ou invisible, est fait d’un mélange de ces trois Gunas. Il y a toujours (ou presque) une prédominance d’un des Gunas, et par le Yoga, par l’Ayurveda (médecine indienne traditionnelle) on peut tendre à les équilibrer. Evidemment cela ne sont pas les seuls moyens, mais par le Yoga, par l’Ayurveda on le fait consciemment. On cherche à augmenter Sattva, à diminuer Tamas.

Une personne qui a atteint l’équilibre des Gunas et peut maintenir cet équilibre est appelé un Gunatitta. On dit que c’est une personne qui a pu se libérer du cycle des incarnations – un Jivamukthi, un libéré vivant.

En ce qui concerne notre pratique de Yoga, on agit beaucoup sur le feu, qui lui est d’ordre de Rajas, notamment par la pratique posturale et certains pranayamas. Mais son élan va nous amener vers Sattva qui est aussi connaissance, alors que Tamas va nous enfoncer dans l’ignorance et la lourdeur.

Juste une parenthèse – un conseil de santé:
On peut équilibrer son corps par les rasas (goûts) des aliments:

Vata (trop actif, trop en mouvement) est équilibré grâce aux gouts (rasas) salé, acide et sucré et aux aliments lours, huileux chauds
Pitta (trop de feu) est équilibré grâce aux gouts amer, sucré et astringent et aux aliments froids, lourds, secs
Kapha (trop d’inertie, trop de lourdeur) est équilibré grâce aux gouts piquant, amer et astringent et aux aliments légers, secs, chauds

Une autre définition des Gunas

  • Yoga Sutras de Patanjali: II – 15 et II-18
  • Bhagavad Gita Chapitre 14

Définition des Gunas selon la Bhagavad Gita:
Sattva : bonté, étant, cause d’illumination et santé, connaissance.
Ses effets : la lumière de la connaissance s’irradie par toutes les portes du corps .
Ses attachements : bonheur et connaissance
Si prédominance : -> parviennent à la mort aux pures mondes

Rajas : C’est l’essence du désir qui a sa source dans la convoitise et l’attachement.
Ses effets : l’activité, la convoitise, la volonté d’entreprendre, l’agitation et le désir
Ses attachements : l’action
Si prédominance : -> renaissance parmi les attachés à l’action

Tamas : Elle naît de l’ignorance et attache par la négligence, l’indolence et le sommeil.
Ses effets : privation de lumière, l’inactivité la négligence et l’égarement
Ses attachements : la torpeur et la négligence.
Si prédominance : -> renaissance dans les matrices des égarés.

La création et son mécanisme ou Shiva-Shakti

selon la tradition du Tantrisme
exposé de Christian Tikhomiroff

On parlait dans les Darshanas du Samkhya – qui est l’énumération – qui essaie de comprendre l’univers par l’extérieur, donc d’analyser, d’énumérer toutes les composantes, tout le déploiement de l’univers, du cosmos et également de l’individu.

Le Yoga le fait par l’intérieur.

Le Samkhya (un des 6 Darshanas de l’Inde) essaie d’énumérer, de saisir, de comprendre la structure extérieure, même si certains moyens d’investigation restent des états méditatifs, des états de transe etc. Donc aussi des moyens intérieurs, mais cela reste une explication du processus extérieur de la création universelle, cet univers, dans lequel moi – individu microcosmique – je suis, d’où je viens et dans lequel je vis.

On dit qu’au départ la conscience et l’énergie sont en union parfaite, sans mouvement, sans bouger et que l’univers n’existe pas ou qu’il est latent, qu’il est rétracté. Rien ne se passe. L’énergie ne bouge pas, donc rien ne se crée. La conscience ne bouge pas (par définition), donc l’énergie n’a rien actualisé.

Au moment donné – une tension se crée dans l’énergie et le couple cosmique, la conscience et l’énergie s’éveillent. A ce moment-là c’est une formidable explosion – le Big Bang des astrophysiciens. Et le Grand Svara (souffle cosmique) va projeter l’univers et la Shakti (énergie) va s’éveiller, se mettre à danser. Cette danse de l’énergie, cette création du monde – c’est l’énergie qui petit à petit va actualiser, va se mettre à jouer le scénario de la conscience.

Imaginez une scène, une personne joue, danse – actualise la pensée de l’auteur, du metteur en scène. La Shakti c’est cela. Elle est indissociable de la conscience. Elle danse, elle danse, et tout ce qui est dans la conscience, elle le crée. Jusqu’à la fin du monde elle créera tout ce qui est (sous forme latente) dans la conscience.

Ce qui est intéressant c’est qu’elle peut créer le meilleur comme le pire de notre point de vue humain, de notre point de vue de morale. Elle s’en fout du meilleur et du pire, de la morale, du bien et du mal. Elle crée, elle crée … et tout ce qui existe et est imaginable. Et tout ce qui existe et est imaginable vient de la conscience. Un jour ou l’autre la Shakti (énergie) est capable de l’actualiser.

Retenez bien, tout ce qu’un être humain est capable de penser, existe forcément quelque part en potientialité, c-à-d. la pensée humaine n’est pas capable d’imaginer quelque chose qui n’existe pas, qui ne peut exister qui n’existera pas. (car non existant en latence).

Tout ce que l’être humain imagine dans sa pensée, dans sa conscience, est susceptible d’exister, d’arriver. En tout les cas, tout ce qu’il imagine fait partie du substrat universel. Il n’invente rien, notre pensée, notre conscience ne peut pas inventer quelque chose qui n’existe pas (potentielle-ment). Notre pensée, notre conscience va le piocher dans le réservoir cosmique. On ne fait que re-découvrir ce qui est dans le réservoir cosmique.

C’est intéressant par rapport à nous, car le processus est exactement le même, puisque nous subissons, nous vivons le même processus que l’univers. Cela veut dire qu’en nous les énergies dansent et actualisent toutes nos potentialités ou une partie de notre potentialité. En nous tout est possible, le meilleur et le pire. Notre énergie s’en fiche impérativement du bien et du mal et de la morale.

C’est notre prise de conscience qui fait la différence et qui va diriger notre vie. En effet, quand on est dans une démarche spirituelle, on va développer des qualités qui correspondent, des qualités de morale, des qualités de bien, d’amour, de compassion et de partage.

On ne le fait pas par rapport à une éthique particulière. Dans le Yoga, dans le Tantrisme on le fait par rapport à une efficacité particulière. Les Yogis se sont rendus compte qu’il était beaucoup plus rentable d’éveiller de belles énergies, de belles pensées, de beaux sentiments plutôt que des sentiments de conflit, de destruction, de haine et de guerre.

Ils se sont rendu compte que l’individu arrivait à développer un lui le meilleur, à trouver le 100% de ce qu’il est, à devenir quasiment égal à un dieu en éveillant ses plus belles qualités et ne pas en éveillant des qualités guerrières. Développer des qualités de lutte, de conflit limite l’individu. Même s’il a l’apparence de dominer le monde, d’une force, d’une puissance, il ne se domine pas, il ne se connaît pas. Il passe à côté de 80% de ses possibilités, de ses pouvoirs.

Les Yogis – comme toutes les voies spirituelles – disent que grâce à l’éveil de ses belles qualités, les plus fines, les plus légères, les moins conflictuelles, les plus apaisées, les plus fortes, les plus vibrantes que l’individu va arriver à tout développer en lui.

Donc, si en raisonnant volontairement froidement, pou provoquer, on peut dire que les Yogis ne font pas le bien par compassion, mais par efficacité. Évidemment, ensuite, pendant ou avant cette compassion est présente. Mais sachez quand-même (important !) c’est par ce que l’on va éveiller de très belles qualités en nous que l’on va pouvoir réaliser 100% de ce que l’on est, alors que si l’on rentre dans le conflit en nous, on va se limiter complètement.

Les Yogis l’on découvert depuis longtemps. Cela fait partie du processus, du mécanisme de notre propre création individuelle, notre propre monde individuel.

Le Natha Yoga

Christian Tikhomiroff

Le Natha Yoga s’occupe du corps et de l’esprit et de tout ce qui fait le trait-d’union entre les deux:

le souffle et l’énergie. On va donc trouver des techniques pour ces 4 composantes:

corps, souffle, énergie, esprit.

Le Natha Yoga part du principe, qu’il ne peut y avoir d’harmonie, si l’une de ces composantes dysfonctionne.

On va donc trouver au premier niveau du Natha Yoga 7 types de techniques:

1. Les postures:

Des postures d’intensité, d’immobilité, d’endurance, des postures que l’on garde peu de temps, d’autres plus longtemps.
Ces postures agissent sur le corps, sur la concentration, l’énergie, sur la gestion de la respiration et de la pensée. La particularité du Natha Yoga est de proposer en même temps un entrainement conjoint du corps, de la respiration, de l’énergie et de la pensée.

On trouve dans la série des postures de longues pratiques d’immobilité comme des enchaînements très rapides, ex. Surya Namaskar, les salutations au soleil.
Le Natha Yoga embrasse toutes les possibilités du corps de la posture d’immobilité à un enchaînement très dynamique.

2. Les Mudras, les Bandhas, les Dristis

Mudras : gestes particuliers
Bandhas : des contractions de certaines parties du corps
Dristis : fixations oculaires

L’ensemble concerne certains points sensibles du corps et de l’énergie: orteils, mains, yeux, langue etc.

3. Le Pranayama
C’est la gestion de la respiration et sa relation à l’énergie

4. Mantra et Yantra

Mantra son
Yantra figure géométrique

Ils servent de support pour l’unification de l’énergie et de la pensée.
Le mantra est un son, le yantra une figure géométrique dont fait partie par exemple la structure énergétique: les chakra et les nadi

5. La Concentration
C’est l’entraînement en relation avec le contrôle des pensées sous toutes leurs formes ainsi que de l’agitation liée au monde extérieur.

6. La méditation
C’est la recherche d’un état libre de tourment et d’implication dans la dualité et l’agitation du monde extérieur.

7. Le Yoga Nidra
L’entraînement visant à installer un état de conscience intermittent dans le sommeil et dans les rêves.

Les 7 niveaux sont des techniques qui font partie d’une seule et même chose, le Natha Yoga. Cette liste n’est pas limitative, elle n’est que la base de ce que c’est, ce Natha Yoga.

Nous pourrions également parler du niveau thérapeutique du Natha Yoga qui a pour objet constant l’acquisition et le maintient d’une bonne santé.

L’originalité de ce Yoga tient à ce que l’ensemble de ces techniques est abordé conjointement, de façon égale. On fait autant de postures que de méditations, que de respirations que de relaxations.
Il n’y a pas de hiérarchie. Chacune de ces 7 parties étant inextricablement liée entre elles.

Les objectifs du Natha Yoga avec ces 7 techniques sont simples:

  1. installer une bonne santé et longévité
  2. harmoniser et stimuler les énergies
  3. maîtriser les pensées pour mieux se connaître

Ces objectifs peuvent un jour déboucher sur une véritable recherche spirituelle personnelle. A ce moment-là, la finalité deviendra tout autre, mais il est difficile d’en parler ici.

Une autre originalité de ce Yoga est la multiplicité des techniques qui doit permettre à chacun de trouver ce qui est savoureux et efficace pour lui-même.

Faire du Natha Yoga revient donc à faire des postures avec des respirations spécifiques, des visualisations dans la structure énergétique, des mantras. Mais c’est aussi faire des respirations à part, des concentrations, de la méditation ainsi qu’un travail sur le sommeil et le rêve.

Chacun a son niveau y arrive facilement. Chacun, à son niveau, trouve de multiples bénéfices tant que pour le corps que la détente, la respiration, l’énergie, pour la concentration que la maîtrise des pensées, la connaissance de soi.

Dans un monde de plus en plus matériel, nous pouvons réaliser qu’il y a en nous-mêmes une autre réalité, celle de l’esprit – et que ces 2 réalités, matière et esprit, ne sont pas antagonistes, mais complémentaires, gage d’harmonie et de liberté, si on sait les équilibrer l’une par rapport à l’autre. Le bonheur, une saveur éphémère qui remplit l’instant présent qui est finalement notre seul espace d’éternité.

La préparation du corps, du souffle et de l’énergie tien évidemment une place centrale dans ce Yoga. On doit assouplir, fortifier, tonifier le corps, mais on doit également apprendre à s’asseoir, à connaître certains gestes au niveau des mains qui permettent une meilleure circulation de l’énergie et un meilleur apaisement de la pensée.

Le Natha Yoga est une des formes les plus anciennes du Yoga qui existent. Il remonte à des millénaires avant J.C. Il s’adresse à ce qu’il y a d’immuable dans l’être humain, indépendant des époques et des modes, à savoir l’unité et la harmonie entre le corps, la respiration, l’énergie et la pensée.

Il y a un fond solide, stable qui traverse les siècles et les millénaires, tout en adaptant sa forme aux époques, aux mutations sociales et technologiques dans lesquels sont pris les humains.
C’est ce qui lui donne sa force, son efficacité et son actualité !